DNA : nouveau rapport concernant le Parlement européen. Au-delà des chiffres, se retrousser les manches

Écrit par Jean-Baptiste Horhant le . Publié dans Divers

8 avril 2012

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Strasbourg Le nouveau rapport concernant le siège du Parlement européen
Au-delà des chiffres, se retrousser les manches

 

La dessert aérienne, ferroviaire, et même de proximité du Parlement, est largement perfectible.
Si les anti-Strasbourg peuvent produire des rapports, l'inverse est jouable aussi. L'Association européenne des jeunes entrepreneurs a gagné, en février, des galons dans l'exercice. Elle cherche maintenant à former un vrai lobby pour remporter la guerre du siège sur les bords de l'Ill.

présenté mi-février, le rapport de l'Association européenne des jeunes entrepreneurs (AEJE) est une réponse du berger à la bergère. Où l'on reprend, argument contre argument, le rapport de l'eurodéputé britannique Edward McMillan-Scott publié en février 2011... Pour le massacrer avec méthode (cf. nos articles en pages nationales les 14 et 15 février).

L'idée générale est que l'anti-Strasbourg viscéral qui parle en la personne de McMillan-Scott s'est un peu laissé emporter par son aversion pour le siège français du Parlement et que les chiffres qu'il présente sont gonflés à la malhonnêteté intellectuelle et à l'approximation.

Pierre Loeb a levé au moins deux lièvres dans l'argumentaire de son adversaire

Rappelons que Pierre Loeb, coprésident de l'AEJE et auteur du rapport intitulé « Le siège dans tous ses états », a levé au moins deux lièvres dans l'argumentaire de son adversaire. Le Britannique estime que le coût annuel du siège à Strasbourg s'élèverait à 203 MEUR.

Pierre Loeb montre que les chiffres pris en compte partent d'une « estimation obsolète sur le coût de maintien des trois lieux de travail », Bruxelles et Luxembourg compris... Son propre chiffrage (données officielles de 2010 fournies par le Secrétariat général) ramène la facture de Strasbourg à 51,5 MEUR annuels et le coût de fonctionnement d'une session strasbourgeoise à 1,5 MEUR.

Concernant l'empreinte carbone, Pierre Loeb affirme que les chiffres de McMillan-Scott sont issus d'une méthode calculant les émissions de CO2 à partir des coûts de fonctionnement de l'organisme considéré. Quand le postulat de base est quatre fois plus élevé que la réalité, l'empreinte carbone est d'autant plus moche.

Entre-temps, des consultants externes ont appliqué la méthode de calcul de l'ADEME à un Parlement qui avait fait des efforts, notamment en préférant les transports en train à ceux en avion, lorsque l'alternative existe. « Le bilan carbone du siège se chiffre à 4 200 tonnes de CO2 pour l'année 2010 », affirme le rapport Loeb. Et donc pas les 18 800 balancés à la louche par les détracteurs de Strasbourg...

Mais Pierre Loeb, qui dit avoir interrogé plus de 250 personnes de différents statuts et nationalités au sein du Parlement, des collectivités alsaciennes, ministères et préfecture, ne pouvait pas décemment fermer les yeux sur les griefs réels à l'endroit de ce siège sur les bords de l'Ill. Ce qui amène aux nombreuses « recommandations » du texte. Des recommandations qui permettraient d'améliorer l'accueil et les services aux usagers de ce bâtiment pour répondre à leurs critiques et leurs attentes.

Au chapitre de l'accessibilité, les liaisons ferroviaires ont gagné en efficacité avec l'arrivée du TGV Est en 2007, puis de la LGV, relève le rapport. Reste à promouvoir le projet Eurocap-Rail [lire en pages Région], liaison inachevée à ce jour entre les trois capitales européennes.

La desserte aérienne du Parlement strasbourgeois gagnerait, en efficacité et en coût selon le rapport, à la mise en oeuvre d'avions taxi « plutôt que d'investir sur des lignes à perte toute l'année ». Enfin, les transports intra-muros pourraient être favorisés en tram, par l'instauration d'une ligne directe entre la gare et le Parlement. En taxis, par une mise à plat avec les professionnels « des insuffisances constatées pendant les sessions plénières ».

La tendance de certains hôteliers de centre-ville à considérer les parlementaires et leurs équipes comme une clientèle captive, taillable à merci, est dénoncée clairement, notamment par les assistants parlementaires. Qui regrettent aussi « une faible qualité des services » en retour... Le rapport propose un débriefing avec les professionnels et un travail sur un éventuel label européen qui permettrait d'effacer l'image délétère de l'hôtelier opportuniste.

Enfin, le Parlement strasbourgeois serait plus convivial que Bruxelles et plus « sécurisé » (notamment contre les vols et intrusions). Mais les bureaux clairement trop petits. Le rapport incite donc à une politique immobilière plus volontariste des autorités françaises en charge du dossier...

Un rapport de Roland Ries est passé, en 2001 - et pour d'obscures raisons - dans les oubliettes de l'histoire. Ce travail réactualisé pourrait rassembler les partenaires autour de propositions concrètes. Avant que le Parlement lui-même ne finisse en affaire classée.

MSK